FR/EN
PROJET

Mission : occuper un Weimaraner

Vivre avec un Weimaraner, c'est découvrir qu'un chien avec beaucoup d'énergie n'a pas seulement besoin de courir. Il faut aussi réussir à occuper ce qui se trouve entre ses deux oreilles. Après les jeux d'intelligence devenus trop faciles, les séances d'éducation et quelques stratégies assez personnelles développées par Kiss pour interagir avec son environnement, une question a fini par apparaître : peut-on construire un jeu capable d'évoluer suffisamment pour continuer à l'intéresser ? Je ne sais pas encore exactement ce que je vais construire. Et je sais encore moins ce que Kiss décidera d'en faire.

Il y a des projets qui commencent par un besoin parfaitement rationnel.

Et puis il y a ceux qui commencent parce qu'un chien comprend trop vite les jeux qu'on lui achète.

Celui-ci appartient plutôt à la deuxième catégorie.

Kiss est un Braque de Weimar.

Il est curieux. Très curieux.

Et il a besoin d'être régulièrement occupé.

Nous avons donc naturellement essayé différents jeux d'intelligence pour chiens : déplacer une pièce, ouvrir un compartiment, actionner un mécanisme pour atteindre une friandise...

Le problème n'est pas qu'il n'arrive pas à les résoudre.

Le problème, c'est qu'il y arrive.

Une fois le mécanisme compris, ce qui était initialement un problème à résoudre devient rapidement une procédure qu'il suffit de répéter.

Nous avons donc commencé à tricher.

Un des moyens consiste tout simplement à cacher le jeu quelque part dans la maison. Kiss doit alors commencer par le chercher avant de pouvoir s'attaquer au puzzle lui-même.

Ça fonctionne.

Mais forcément, à force de le regarder faire, une idée a commencé à apparaître.

Et si le jeu était lui-même capable de changer ?

Il paraît que c'est un Weimaraner

Avant d'adopter Kiss, j'avais évidemment lu pas mal de choses sur les Braques de Weimar.

Chien énergique, intelligent, curieux, extrêmement proche de son maître, observateur, parfois pot de colle...

À lire certains propriétaires, leur chien semblait presque passer ses journées à analyser le fonctionnement de la maison et des humains qui y vivent.

Pour être tout à fait honnête, j'avais tendance à prendre certaines de ces histoires avec quelques pincettes.

Les propriétaires particulièrement passionnés par une race ont parfois une certaine tendance à lui prêter toutes les qualités du monde.

Et le Weimaraner traîne derrière lui une représentation assez particulière.

Les photographies de William Wegman n'y sont probablement pas étrangères. Depuis des décennies, ses Weimaraners sont mis en scène dans des situations tellement humaines qu'ils ont largement contribué à construire cette image d'un chien presque... trop humain.

Tribute to William Wegman

Hommage à William Wegman

Je trouvais ça amusant.

Mais j'avais aussi parfois le sentiment qu'il y avait derrière certains discours de propriétaires une petite dose d'autosatisfaction.

Puis Kiss est arrivé.

Disons que j'ai légèrement révisé mon jugement.

Ce n'était pourtant pas mon premier chien

Kiss n'est pas le premier chien avec lequel j'ai vécu.

J'en ai connu d'autres avant lui, dont un Rottweiler avec lequel j'ai partagé près de quatorze ans.

Lui aussi appartenait à une race historiquement sélectionnée pour le travail.

Lui aussi était très attaché à moi.

Et ce fut une très belle expérience.

Mais une expérience très différente.

Avec le recul, je crois que je pourrais résumer la différence de cette manière :

Mon Rottweiler voulait être avec moi.

Mon Weimaraner veut être avec moi, mais il semble également vouloir participer.

Ou, à défaut de pouvoir participer, au moins regarder de très près ce que je suis en train de faire.

C'est particulièrement visible lorsque je commence une activité qui lui paraît inhabituelle.

Un objet étrange apparaît, je commence à démonter quelque chose, je manipule du matériel qui ne fait pas partie de la routine...

Il faut généralement venir voir.

Pas nécessairement pour obtenir quelque chose.

Juste parce qu'il se passe quelque chose et qu'apparemment, cela le concerne aussi.

Je ne sais pas si Kiss comprend davantage de choses que les chiens que j'ai connus auparavant.

J'ai surtout l'impression qu'il veut en comprendre davantage.

Tout cela est formidable. Enfin, presque.

Présenté comme ça, le tableau est plutôt séduisant.

Un chien curieux, attentif à ce que vous faites, qui cherche à participer et s'intéresse en permanence à son environnement.

Dans la vraie vie, c'est parfois un peu moins poétique.

Lorsqu'on travaille sur une tondeuse, par exemple, découvrir une truffe de Weimaraner pratiquement dans le moteur n'est pas nécessairement la forme d'assistance technique dont on rêvait.

Et cette curiosité ne se limite évidemment pas à ce que je fais.

Un livreur arrive avec un colis ?

Inspection obligatoire. Ça pourrait être pour lui.

Des invités entrent dans la maison ?

Il semble assez évident à Kiss que ces humains ont fait le déplacement pour venir admirer sa majesté canine. Il convient donc de les accueillir correctement et, si possible, de devenir rapidement le centre de leur attention.

C'est amusant lorsqu'on connaît le chien.

Ça l'est beaucoup moins lorsque la personne qui se trouve en face n'est pas à l'aise avec les chiens — ou en a simplement peur.

Un Weimaraner adulte qui décide de venir s'intéresser personnellement à vous reste un animal dont la présence peut être impressionnante.

Nous travaillons donc aussi sur cet aspect de son comportement : être curieux ne signifie pas qu'il faut participer à tout, et tous les humains qui franchissent la porte n'ont pas nécessairement envie d'interagir avec lui.

Sur ce dernier point, nous avons encore manifestement quelques divergences d'opinion.

Les clés

Kiss communique déjà très efficacement avec nous.

Pas avec des mots, évidemment, mais il a développé différentes manières de nous faire comprendre ce qu'il veut.

L'une d'elles me fascine particulièrement.

Lorsqu'il veut aller dans le jardin et que la porte est fermée, il se place devant celle-ci.

Jusque-là, rien de particulièrement remarquable.

Mais si nous ne le remarquons pas suffisamment vite, il agite les clés qui se trouvent à proximité de la porte.

Et ça fonctionne remarquablement bien.

Le bruit attire notre attention presque instantanément.

Si cette première tentative ne produit pas assez rapidement le résultat attendu, nous avons généralement droit à un gémissement.

Et si, par hasard, nous ne le regardons toujours pas, il agite à nouveau les clés.

Difficile évidemment de savoir exactement ce qui se passe dans sa tête.

Je préfère donc m'en tenir à ce que nous pouvons observer.

Ce comportement semble avoir acquis deux fonctions.

Les clés sont d'abord devenues un excellent moyen de nous faire tourner la tête.

Mais dans ce contexte précis, elles portent également une information que nous avons appris à interpréter :

« Je suis devant cette porte et je veux sortir. »

Et lorsqu'une première tentative ne suffit pas, Kiss dispose manifestement de plusieurs moyens d'insister.

Clés.

Pas de résultat ?

Gémissement.

Toujours pas ?

Clés, deuxième service.

La patience n'est décidément pas sa qualité première.

Sauf, curieusement, lorsqu'il estime que la tâche qu'on lui propose mérite réellement son attention.

Quand il décide de travailler

Nous faisons de l'éducation canine avec Kiss deux fois par semaine.

En termes d'obéissance pure, je ne pense pas qu'il y ait quoi que ce soit d'extraordinaire à raconter.

Il connaît évidemment toute une série d'ordres, certains plus utiles que d'autres.

Et, soit dit en passant, un chien qui comprend « gauche » et « droite », c'est beaucoup plus pratique qu'on pourrait le croire.

Mais ce n'est finalement pas le nombre d'ordres qu'il connaît qui m'intéresse le plus.

C'est son rapport au travail.

Lorsqu'il en a envie, son niveau d'implication peut devenir assez impressionnant.

Il peut par exemple maintenir une position statique en restant complètement fixé sur ce qu'on lui demande alors que d'autres chiens jouent, bougent ou font les idiots autour de lui.

C'est le genre de situation qui interpelle régulièrement les personnes qui assistent aux séances.

Avec nos chiens précédents, nous avions également fait de l'éducation.

Généralement pendant environ un an.

À un moment, l'essentiel était acquis et continuer ne semblait plus vraiment nécessaire.

Avec Kiss, la question se pose différemment.

Nous n'avons pas spécialement besoin qu'il apprenne davantage de choses.

Mais lui semble avoir besoin de continuer à travailler.

Il adore manifestement ces séances et peut s'y investir énormément... quand il en montre l'envie.

Alors nous continuons.

Pas tellement parce qu'il reste des choses indispensables à lui apprendre.

Simplement parce que ça semble lui faire du bien.

Fatiguer les pattes ne suffit pas toujours

Lorsqu'on parle d'un chien avec un niveau d'énergie élevé, le premier réflexe est assez naturellement de penser à l'activité physique.

Et évidemment, elle est importante.

Mais vivre avec Kiss m'a aussi fait prendre conscience d'une autre dimension.

Il faut également occuper ce qui se trouve entre les deux oreilles.

Je vais cependant m'arrêter assez rapidement sur le terrain de l'éducation canine.

Je n'en ai ni la formation ni la légitimité, et il existe des personnes infiniment plus compétentes que moi pour expliquer comment répondre correctement aux besoins d'un chien.

Je peux simplement raconter ce que nous observons avec le nôtre.

Les promenades et l'activité physique sont importantes.

Mais les séances d'éducation, les jeux, les exercices et les nouvelles choses à apprendre semblent répondre à autre chose.

Kiss ne paraît pas seulement avoir besoin de se dépenser.

Il semble aussi aimer avoir quelque chose à faire avec sa tête.

Une petite parenthèse qui aurait pu nous être utile beaucoup plus tôt

Puisque je viens malgré tout de mettre un pied dans le domaine de l'éducation canine, autant mentionner une ressource francophone que j'aurais personnellement adoré connaître dès notre premier chien : Esprit Dog.

Ce que j'apprécie particulièrement dans leur contenu est qu'il ne s'agit pas simplement d'une collection de recettes pour obtenir un « assis », un « couché » ou un rappel.

Il y est beaucoup question de comprendre le chien qu'on a réellement devant soi.

Je ne prétends évidemment pas que tout ce qui y est dit constitue une vérité universelle.

C'est simplement aujourd'hui une source d'informations que je trouve suffisamment intéressante pour avoir envie de la recommander.

Et non, ceci n'est pas sponsorisé.

Nous avons connu plusieurs chiens et reçu, au fil des années, quelques conseils de prétendus spécialistes dont nous nous serions volontiers passés.

Avec le recul, certaines erreurs auraient probablement pu être évitées avec de meilleures informations dès le départ.

Mais ça, c'est une autre histoire.

Malheureusement pour les lecteurs anglophones, le contenu d'Esprit Dog est essentiellement en français.

Génétique, environnement... ou un peu des deux ?

Reste une question à laquelle je n'ai évidemment pas de réponse.

Pourquoi retrouve-t-on aussi souvent ce genre de descriptions chez les propriétaires de Weimaraners ?

Une partie vient probablement des caractéristiques pour lesquelles la race a été sélectionnée.

Mais je me demande s'il n'existe pas également une sorte de cercle de rétroaction.

Un chien avec beaucoup d'énergie et un énorme besoin d'interaction oblige presque mécaniquement ses humains à passer énormément de temps avec lui.

Plus d'activités.

Plus d'éducation.

Plus d'interactions.

Et donc aussi énormément d'occasions d'observer les humains, leurs habitudes et les conséquences de certaines actions.

À partir de là, quelle part vient de la génétique ?

Quelle part vient de l'environnement ?

Quelle part vient simplement de la personnalité individuelle du chien ?

Je n'en sais rien.

Et ce projet n'a certainement pas vocation à répondre scientifiquement à la question.

Mais après avoir été assez sceptique en lisant certains témoignages avant l'arrivée de Kiss, je trouve aujourd'hui la question beaucoup plus intéressante qu'à l'époque.

Alors, on lui construit quoi ?

C'est finalement de toutes ces observations qu'est née l'idée de ce projet.

Les jeux d'intelligence classiques fonctionnent.

Mais une fois leur mécanisme assimilé, ils deviennent rapidement répétitifs.

L'objectif ne serait donc pas de fabriquer un puzzle tellement compliqué que Kiss n'arrive pas à le résoudre.

Ce serait probablement une excellente manière de fabriquer de la frustration plutôt que de l'occupation.

L'idée serait plutôt de créer quelque chose qui puisse évoluer.

À ce stade, je n'ai encore rien construit.

J'imagine des modules relativement simples et facilement déplaçables.

Des boutons.

Des sons.

Différents mécanismes.

Une récompense lorsqu'une action correcte est réalisée.

Mission Weimaraner Concept Fr

Une ébauche de ce que pourrait devenir le concept initial

On pourrait commencer avec tous les éléments regroupés au même endroit.

Un son.

Une action correspondante.

Une récompense.

Puis introduire progressivement d'autres sons et d'autres actions.

Ensuite, peut-être déplacer les modules.

Changer leur position.

Modifier les associations.

Introduire plusieurs étapes.

Éloigner physiquement certains éléments.

Bref, essayer de construire non pas un jeu dont Kiss doit apprendre la solution, mais un système permettant de lui proposer régulièrement un nouveau problème à comprendre.

Et éventuellement observer au passage la manière dont il s'y prend.

Aucune idée de ce qui va se passer

Pour le moment, le projet en est exactement là.

Une idée.

Quelques observations.

Quelques mécanismes possibles.

Et beaucoup de questions.

Je ne sais pas encore quelle électronique sera utilisée.

Je ne sais pas quelle forme prendront les modules.

Je ne sais même pas si Kiss comprendra le principe que j'ai en tête.

Et il est parfaitement possible qu'après plusieurs heures de conception, d'impression 3D, d'électronique et de programmation, il regarde mon magnifique prototype pendant trois secondes avant de décider que le carton dans lequel sont arrivées les pièces est nettement plus intéressant.

Ce serait dommage.

Mais ce serait aussi une réponse.

Le premier objectif sera donc beaucoup plus modeste :

construire quelque chose de suffisamment simple pour découvrir ce que Kiss décide d'en faire.

Pour la suite...

On verra probablement avec lui.

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Ajouter un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Les commentaires sont modérés avant publication.