620 km à moto, un roadbook signé ChatGPT
620 km à moto au Luxembourg, un roadbook préparé par ChatGPT. Entre belles routes, découvertes et petits imprévus, retour sur une expérience convaincante.
J'ai une petite passion pour la moto, et surtout pour le sentiment d'aventure qui l'accompagne.
Je suis fan des chaînes YouTube de Lolo Cochet et d'Itchy Boots. Les voir parcourir le monde sur deux roues donne forcément des idées. À ma petite échelle, j'ai moi aussi envie de vivre quelques aventures, avec mes moyens et mes contraintes.
Plusieurs de mes amis roulent aussi, et l'occasion était trop belle pour ne pas organiser un week-end à deux roues. Pas question de partir des semaines à l'autre bout du monde : juste deux jours d'évasion, pour ne pas abandonner trop longtemps ma femme avec Kiss, notre braque de Weimar.
Je propose l'idée à un ami, qui accepte. Très bien, on part à l'aventure. Mais où ?
J'avais beaucoup entendu parler des routes luxembourgeoises et de la région surnommée la Petite Suisse luxembourgeoise. Elle semblait parfaitement compatible avec ce qu'on peut parcourir en deux jours, en privilégiant les routes secondaires.
Mais même un voyage aussi court demande de la préparation : repérer de belles routes, assembler les itinéraires, dénicher des lieux intéressants, trouver un hébergement… On peut facilement y passer des heures, et on part toujours un peu à l'aveugle.
C'est là que l'idée m'est venue : et si je demandais à une IA de préparer ce petit road trip ?
Une demande toute simple
Je pose la question à ChatGPT sans prompt sophistiqué, avec mes mots. Une fois l'orthographe corrigée, la demande ressemblait à ceci :
Nous souhaiterions organiser un petit week-end à moto, avec un départ le samedi matin et un retour le dimanche soir. L'idée serait de découvrir les routes les plus intéressantes du Luxembourg, avant la mi-octobre. Nous partirions sur une base d'environ 300 km par jour, avec quelques haltes intéressantes. Aucune autoroute. Nous aimerions trouver un endroit confortable pour passer la nuit, avec éventuellement un espace de détente et un parking sécurisé pour nos motos. Pourrais-tu me préparer un roadbook avec des haltes, des endroits sympathiques à visiter et des choses intéressantes à découvrir ?
L'IA commence par confirmer que le projet est réaliste. Premier détail intéressant : elle me recommande d'éviter un week-end précis, à cause d'un événement à Vianden susceptible d'attirer plus de 20 000 personnes. Une information à laquelle je n'aurais probablement pas pensé.
ChatGPT connaît aussi ma localisation approximative. Il propose donc un trajet depuis le Brabant wallon, plutôt que de démarrer à la frontière luxembourgeoise.
Pour le samedi, il imagine une progression par la vallée de la Meuse, les Ardennes belges, la Semois et Bouillon, puis le lac de la Haute-Sûre et Esch-sur-Sûre. Pour le dimanche, il propose Bourscheid, Vianden, la vallée de l'Our, Echternach et le Mullerthal avant le retour.
Environ 300 km par jour, zéro autoroute, des panoramas et des pauses. Il insiste même sur un point pertinent : 300 km de petites routes sinueuses, entrecoupés d'arrêts, font déjà une vraie journée à moto.
Sur le papier, c'est séduisant.
Un roadbook, des traces GPS… et un budget
J'aurais pu reprendre cette ébauche dans un outil spécialisé comme Kurviger pour construire les itinéraires. Mais j'étais curieux de voir jusqu'où ChatGPT pouvait aller.
Je lui demande donc de produire lui-même les traces GPS, un roadbook à transmettre à mon ami et une estimation du budget du week-end. L'IA ne bronche pas.
Je reçois rapidement un fichier Word (.docx) reprenant les étapes, les choses à découvrir, les haltes suggérées et une fourchette de prix couvrant carburant, hôtel, repas et extras. Une archive contient également les différents segments routiers ainsi que les itinéraires complets de chaque journée, au format GPX.
En gros, tout pour se mettre en route… ou presque.
Pendant la préparation, je lui demande aussi de comparer les routes choisies avec des itinéraires moto déjà documentés, pour éviter les routes retenues uniquement parce qu'elles relient deux points sur une carte. ChatGPT affirme avoir fait cette vérification, et va jusqu'à attribuer des notes d'intérêt aux différents segments. (Je n'ai évidemment aucun moyen de savoir comment il a procédé.)
Je reviendrai sur ces notes après le voyage : c'est l'une des bonnes surprises de l'expérience.
Hôtel réservé, aventure presque bouclée
Une fois les dates validées avec mon ami, il reste à réserver la nuitée. Notre premier choix n'est plus disponible. ChatGPT suggère alors d'autres établissements qui respectent nos critères : stationnement sécurisé pour les motos, piscine ou spa, restaurant et petit-déjeuner.
Nous réservons un hôtel à Wiltz. Les dates sont bloquées, l'hébergement confirmé : ça commence à sentir le départ !
Autre conseil pertinent : lui redemander la veille du départ de chercher d'éventuels travaux ou fermetures de routes sur les traces prévues.
Et pourquoi pas un peu de TET ?
Mon ami et moi roulons tous les deux en trail. Pour pousser un peu plus loin le sentiment d'aventure, je me demande s'il serait possible d'intégrer un tronçon du Trans Euro Trail (TET), ce réseau de parcours pour voyages à moto sur routes et chemins.
La première réaction de ChatGPT est encourageante mais prudente : peut-être, sous réserve de vérifier les tracés et leur accessibilité. Après des recherches supplémentaires, aucun tronçon utilisable ne correspond à notre itinéraire, et nous abandonnons l'idée.
C'est dommage, mais l'expérience reste instructive : on peut demander à l'IA d'intégrer des contraintes bien plus spécifiques qu'un simple parcours routier. En Belgique, les possibilités d'emprunter légalement des chemins non asphaltés sont malheureusement assez limitées, et les restrictions varient selon les régions et les chemins. Ailleurs, une telle proposition pourrait être tout à fait réaliste, à condition de toujours vérifier les autorisations et la praticabilité des chemins.
Dernière vérification avant de partir
La veille du départ, je reviens vers ChatGPT comme convenu et lui demande de vérifier les traces à la recherche de travaux et de routes fermées.
Il me répond que les itinéraires semblent praticables, tout en signalant quelques zones de travaux sans fermeture identifiée. Tout semble prêt.
620 km plus tard : le verdict
Je ne vais pas raconter le week-end kilomètre par kilomètre, mais les éléments étaient avec nous : un week-end d'octobre sous un soleil d'été indien, sans chaleur excessive, des routes sinueuses, de magnifiques paysages et le plaisir de rouler à deux. Côté aventure et découverte, le contrat était rempli.
L'hôtel répondait lui aussi à nos attentes. Et les notes d'intérêt attribuées aux routes ? Je dois reconnaître qu'elles correspondaient plutôt bien à notre ressenti sur le terrain. Ce n'est évidemment pas une validation scientifique, mais la correspondance était frappante.
Alors, tout était parfait ? Bon, je vais pinailler un peu…
Des points de passage qui n'étaient pas des points d'intérêt
Je n'avais pas examiné les traces GPS dans le détail. Or certains segments utilisaient comme point de référence une sorte de centre géographique des localités traversées. Résultat : des détours sans grand intérêt et parfois même des demi-tours.
Avec le recul, j'aurais dû être plus précis. Une étape doit se terminer à un endroit identifié et intéressant : une jolie place de village avec des bistrots, un panorama avec un parking, un monument, un lieu agréable pour une pause… Pas simplement au centre d'une commune parce que son nom figure dans le roadbook.
Heureusement, j'ai vite appris à anticiper ces anomalies grâce au guidage, et j'ai évité une bonne partie des détours inutiles. J'y reviens juste après.
Trois fermetures de routes sur plus de 600 km
Malgré le contrôle de la veille, nous avons rencontré trois fermetures : deux liées à des travaux, une à une fête locale. Nous avons finalement pu passer à moto sur les deux chantiers. La fête locale, elle, nous a imposé un détour.
Je soupçonne que ces fermetures sur de petites routes secondaires n'étaient pas correctement documentées dans les sources accessibles à l'IA. Peut-être apparaissaient-elles dans une application communautaire comme Waze ? Je ne l'ai pas vérifié.
Sur plus de 620 km de routes secondaires, cela reste très acceptable. Mais cela rappelle qu'une vérification, même de dernière minute, ne garantit jamais un parcours sans imprévu. Une IA peut aider à rechercher les fermetures signalées, mais elle ne dispose pas nécessairement d’informations exhaustives ou actualisées sur toutes les petites routes secondaires.
OsmAnd, mon copilote de rallye
Sur ma moto, j'utilise un Garmin Zumo XT, qui exploite les fichiers GPX. J'aime cependant avoir une solution de secours : sur les conseils de ChatGPT, j'avais aussi préparé OsmAnd sur mon téléphone.
Très vite, les rôles se sont inversés : OsmAnd est devenu mon guidage principal, tandis que le Zumo me servait surtout à garder une vue globale du trajet.
Pourquoi ? Parce qu'OsmAnd s'est révélé bien plus qu'un simple GPS : un véritable copilote de rallye. Il annonçait les zones dangereuses, les virages serrés et leur intensité, les fortes pentes et les changements de déclivité. Sur ces petites routes, autant d'informations qui m'aidaient à anticiper. Parfois un peu trop bavard, certes, mais franchement rassurant.
La combinaison des deux écrans m'a aussi permis de repérer à l'avance plusieurs points de passage peu judicieux et d'éviter quelques allers-retours. Ma solution de secours est devenue mon outil principal.
Ce que je demanderai différemment la prochaine fois
Cette première expérience m'a permis d'identifier trois améliorations simples :
Distinguer points de passage et véritables arrêts. Demander des fins de segment à des adresses ou coordonnées précises : place avec cafés, parking près d'un panorama, site remarquable. Les localités intermédiaires peuvent guider le parcours sans imposer un aller-retour jusqu'à leur centre.
Exiger un trajet continu et contrôler les jonctions. Aucun détour sans intérêt identifié, aucun aller-retour artificiel simplement pour rejoindre un point de passage mal placé. Une fois la trace générée, l'afficher en entier sur une carte avant le départ.
Croiser les vérifications routières. Garder le contrôle de dernière minute, mais accepter que les petites fermetures locales lui échappent. Prévoir de pouvoir improviser avec une navigation fiable et, si possible, une source d'information complémentaire.
Ce ne sont pas de grandes erreurs de conception, plutôt des précisions auxquelles je n'avais pas pensé. L'IA avait bien compris le voyage que nous voulions faire ; c'est la traduction en instructions GPS qui pouvait être affinée.
Alors, je recommencerais ?
Sans la moindre hésitation !
Nous avons passé un formidable week-end sur des routes magnifiques. Et je n'aurais probablement jamais atteint ce niveau de préparation avec mes méthodes habituelles, ou alors en y consacrant un temps considérable : itinéraires, hôtel, budget, haltes, fichiers GPS.
Tout n'était pas parfait, mais ces imperfections n'ont rien retiré au plaisir du voyage. Elles m'ont surtout appris à mieux formuler mes demandes.
Finalement, ChatGPT n'a pas vécu l'aventure à notre place. Il nous a simplement permis de passer beaucoup moins de temps à l'organiser… et beaucoup plus à en profiter.
Quelques liens utiles
Lolo Cochet — chaîne YouTube et Kap2Cap, consacré au voyage à moto.
Kurviger : outil spécialisé dans la préparation d'itinéraires moto.
Trans Euro Trail : projet de parcours moto, avec informations et fichiers officiels à consulter avant tout départ.
OsmAnd — documentation navigation : guidage et navigation sur traces GPX.

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