Home Assistant ? C'est quoi ce truc ?
Je voulais récupérer les données de mon compteur et d'une prise connectée. Quelques clics plus tard, Home Assistant avait découvert une partie de ma maison et je commençais à me demander ce que je pourrais encore y intégrer. Énergie, panneaux solaires, éclairages, voitures, Zigbee... le simple test commence doucement à produire beaucoup de nouvelles questions.
Dans l'article précédent1, j'en étais resté avec mon P1 Meter HomeWizard, une prise connectée et une idée qui me semblait encore raisonnable : récupérer leurs données et jouer un peu avec.
Mes recherches m'ont presque immédiatement conduit à Home Assistant2.
Le nom donne déjà un indice. Si vous tapez « domotique open source » dans Google ou si vous regardez quelques vidéos sur le sujet, il ne faudra pas longtemps avant de le voir apparaître.
Avant d'installer quoi que ce soit, je regarde donc où je mets les pieds. Quelques recherches, quelques vidéos, et deux choses deviennent claires : l'écosystème est énorme, et le nombre d'appareils et de services intégrables est impressionnant.
Le petit tiroir que j'avais entrouvert dans l'article précédent ?
Il était beaucoup plus profond que prévu.
Avec le recul, je sais qu'il existe d'autres solutions, comme Jeedom3. Mais à ce moment-là, je ne cherche même pas plus loin. Je ne vais donc pas vous expliquer que Home Assistant est meilleur que le reste : je n'ai pas assez expérimenté les autres pour comparer.
C'est simplement celui sur lequel je suis tombé. Il semble capable de faire ce que je cherche et, dans mon cas, essayer ne me coûte pratiquement rien.
Alors pourquoi ne pas voir où ça mène ?
Heureusement. L'écosystème est si vaste que vouloir tout étudier avant d'installer Home Assistant est sans doute la meilleure façon de ne jamais l'installer.
Commencer petit me semble, avec le recul, une bonne approche. Une intégration. Quelques appareils. Et voir où cela mène.
Dans mon cas, ça va mener assez loin. Mais je ne le sais pas encore.
Bon... installons-le
J'ai déjà chez moi une infrastructure capable d'héberger des machines virtuelles. Le ticket d'entrée est donc nul.
J'installe Home Assistant OS dans une VM : dans mon environnement, c'est à la fois le plus simple et le plus flexible. Je ne détaillerai pas les étapes ici : la documentation officielle7 le fait très bien, et l'opération est assez simple et rapide pour ne pas transformer cet article en tutoriel.
Quelques minutes plus tard, Home Assistant tourne. Il ne reste plus qu'à intégrer HomeWizard.
Deux clics plus tard...
Je cherche HomeWizard8, lance l'intégration et, quelques clics plus tard, mon P1 Meter et ma prise sont là, avec leurs données.
Ah. C'était facile.
Mais Home Assistant ne s'arrête pas là. Dès son installation, il a découvert toute une série d'appareils déjà présents dans la maison. Certains sont évidents. D'autres, je n'avais même pas imaginé qu'ils puissent avoir quoi que ce soit à lui raconter. Quelques-uns, je n'y pensais plus du tout. Plusieurs peuvent être intégrés en quelques clics.
Je clique, j'ajoute et je regarde ce qui apparaît.
Je suis un peu perdu.
Je regarde alors la maison d'un autre œil. La télévision ? L'alarme ? Les appareils Google Nest ? Les téléphones ? Les voitures ? À chaque fois, la même question revient :
« Et ça, Home Assistant sait en faire quelque chose ? »
Souvent, la réponse semble être oui : parfois directement, parfois grâce à une intégration supplémentaire, parfois avec des limitations. Et quand aucune intégration officielle n'existe, un projet de la communauté permet souvent d'aller plus loin.
Pour être honnête, j'intègre même certains appareils sans la moindre idée de ce que j'en ferai. Home Assistant m'annonce qu'il a découvert quelque chose, je constate qu'une intégration existe, je l'ajoute... et ce n'est qu'ensuite que je regarde ce qui est apparu. Des informations ? Des commandes ? Des états dont j'ignorais l'existence ?
On verra bien.
Certaines intégrations présentent un intérêt immédiat. Pour les autres, je me contente de constater qu'elles fonctionnent avant de passer à la suite.
J'avais commencé avec Home Assistant pour résoudre un problème très précis. Maintenant, j'ajoute des choses avant même de savoir quels problèmes elles pourraient résoudre.
Une maison vue comme une boîte noire
Revenons à la raison pour laquelle je suis arrivé ici : l'énergie.
Avec HomeWizard dans Home Assistant, je dispose enfin des informations de mon compteur. Je vois ce que la maison prélève sur le réseau et ce qu'elle y injecte.
Très bien. Sauf qu'une limite apparaît vite : le compteur se trouve à la frontière entre ma maison et le réseau. Il voit ce qui entre et ce qui sort, mais ne sait rien de ce qui se passe derrière.
Ma maison reste une boîte noire.
Imaginons que le compteur m'indique que j'injecte 1 kW sur le réseau. Mes panneaux produisent-ils 1,2 kW pendant que la maison en consomme 200 W ? Ou 3 kW, dont 2 kW sont consommés au même moment ? Pour le compteur, c'est identique : 1 kW repart sur le réseau. Pour moi, ce sont deux situations complètement différentes.
Puisque j'ai des panneaux photovoltaïques, la suite est logique : il faut aussi intégrer leur production. Encore un truc à intégrer.
Et les panneaux ?
Je cherche comment récupérer les données de mon installation photovoltaïque. Ce dont j'ai besoin n'existe pas en intégration native, mais une intégration tierce permet de les obtenir via l'API du SEMS Portal9, le portail qui sert à consulter la production.
Un peu de recherche et de configuration plus tard, mes panneaux apparaissent eux aussi dans Home Assistant.
Cela crée une dépendance à un service extérieur. Idéal ? Probablement pas. Gênant à ce stade ? Pas vraiment. Je suis en phase d'expérimentation et j'ai déjà bien assez à découvrir sans transformer chaque élément en projet d'ingénierie visant à supprimer la moindre dépendance. Et si cette API disparaît demain, mes panneaux continueront à produire : je perdrai des informations dans Home Assistant, pas la fonction elle-même.
La solution existe, elle fonctionne et me permet d'avancer. Pour le moment, c'est largement suffisant.
Mais quelque chose devient intéressant. Mon compteur a ses données, mon installation photovoltaïque a les siennes, ma prise HomeWizard aussi, et d'autres appareils de la maison ont sans doute les leurs. Home Assistant offre un endroit où toutes ces informations peuvent enfin se rencontrer.
Et la maison cesse doucement d'être une boîte noire.
Voir la consommation, c'est bien. La comprendre, c'est mieux.
Je vois maintenant ce que la maison consomme, ce que les panneaux produisent et ce qui part sur le réseau. Mais je ne sais toujours pas ce qui se cache derrière la consommation globale.
Combien consomme mon infrastructure informatique ? Que représente le bureau sur une journée ? Certains appareils restent-ils allumés pendant des heures pour rien ? Et pourrais-je détecter un équipement dont la consommation s'écarterait soudain de son comportement habituel ?
Je ne cherche pas à traquer le moindre watt pour économiser trois centimes. Ce sont les tendances qui m'intéressent : comprendre ce qui constitue une consommation normale, repérer quelques optimisations possibles, remarquer quelque chose d'inhabituel et, pourquoi pas, recevoir un jour une alerte quand un appareil ne se comporte plus comme prévu.
Il me faudrait pour cela des mesures plus fines que la consommation globale. Et je repense à ma prise HomeWizard, qui mesure justement ce qui y est branché.
À un prix raisonnable, quelques prises supplémentaires me permettraient de mesurer certains postes sans toucher à l'installation électrique : l'infrastructure informatique, le bureau, ou quelques appareils dont je suis simplement curieux de connaître la consommation réelle.
Bon.
Un projet de plus dans la liste.
Et la liste s'allonge
Parlons de consommation : il y a aussi les voitures, dont la recharge pèse forcément dans le bilan énergétique de la maison.
Tiens... Est-ce que ça s'intègre dans Home Assistant, ça ?
Spoiler : oui.
À partir de là, je fais plus ou moins l'inventaire de la maison. Le chauffage central ? À vérifier. Les stores intérieurs sur batterie installés huit ans plus tôt ? Pourquoi pas. Pour chaque appareil, la même question : qu'est-ce que Home Assistant peut en récupérer et, éventuellement, qu'est-ce qu'il peut en faire ?
Le plus amusant, c'est qu'à ce stade je n'ai toujours aucune idée de ce que je vais faire de tout ça. Il n'y a pas de grand plan de domotisation soigneusement préparé. Je teste, je cherche, et chaque possibilité en suggère une autre. Certaines expériences se révéleront utiles, d'autres non, et pour quelques-unes il n'y aura peut-être jamais de conclusion.
Pour le moment, ce n'est pas important.
Et les lumières ?
À force de regarder ce qui s'intègre, une autre idée arrive : les éclairages.
Commander quelques prises, c'est amusant. Agir sur l'éclairage de la maison ouvre beaucoup plus de possibilités. Je regarde donc ce qui existe. Philips Hue10 ressort très vite, mais remplacer progressivement toutes les ampoules par des ampoules connectées ne me convainc pas.
Et quelque chose me dérange dans certaines visions de la maison « intelligente » : je n'ai aucune envie de sortir mon téléphone pour allumer une lampe. Si quelqu'un entre dans une pièce et appuie sur l'interrupteur, la lumière doit s'allumer.
Comme avant.
Tout ce que je fais reste expérimental, et je ne sais même pas si Home Assistant sera encore installé chez moi dans quelques mois. Il est donc hors de question que mes expériences perturbent le fonctionnement normal de la maison. Mieux : si Home Assistant tombe complètement en panne, j'aimerais que la principale conséquence soit :
« Ah. Home Assistant est en panne. »
Et que la journée continue. Pas de lumière devenue inutilisable, pas besoin d'expliquer à quelqu'un quelle application ouvrir et, autant que possible, aucune fonction essentielle suspendue à une machine virtuelle qui tourne quelque part.
La domotique doit se superposer à ce qui fonctionne déjà, pas devenir une condition nécessaire à son fonctionnement.
Dans cette optique, les petits modules qui se placent derrière les interrupteurs existants deviennent très intéressants : l'interrupteur reste là, son usage ne change pas, mais Home Assistant peut lui aussi agir sur l'éclairage. Sur le principe, c'est exactement ce que je cherche.
Reste à vérifier ce qui se trouve réellement derrière mes interrupteurs. J'en démonte donc quelques-uns : câblage, présence ou non d'un neutre, type d'interrupteur, place disponible derrière le mécanisme... Je comprends vite pourquoi il existe autant de variantes de ces modules : avec neutre, sans neutre, relais, variateurs.
Mes recherches m'amènent notamment aux modules Sonoff11. Les prix sont assez raisonnables pour en commander deux ou trois et expérimenter sans équiper toute la maison. Et sur le papier, j'ai vérifié ce qu'il fallait pour choisir les bons modules.
Sur le papier.
Nous y reviendrons.
Zigbee ? C'est quoi encore ce truc ?
Il reste un détail : certains des modules que je regarde utilisent Zigbee12, un terme que je connais vaguement de nom sans savoir ce qu'il recouvre.
Quelques recherches m'apprennent qu'il s'agit d'un protocole de communication sans fil très utilisé en domotique, et qu'avec le matériel adéquat, Home Assistant sait le parler13. Un dongle USB semble faire l'affaire (Home Assistant propose d'ailleurs le sien, le Connect ZBT-25).
Ma curiosité est piquée. Quelques modules Sonoff, un dongle pour que Home Assistant puisse leur parler...
Commande passée.
Mes premiers pas avec Zigbee et l'installation de ces modules méritent leur propre article. En prenant un peu de recul, la situation est assez drôle : j'étais arrivé sur Home Assistant pour récupérer les données de mon compteur et d'une prise connectée. Je me retrouve avec ma production photovoltaïque intégrée, une liste grandissante d'appareils à explorer, des idées de suivi énergétique, quelques modules Sonoff en commande et un nouveau protocole à découvrir.
Je ne sais toujours pas où tout cela va mener. Mais une chose devient évidente :
le petit tiroir n'était pas seulement profond. Il avait des ramifications.
Mises à jour & Notes
2026-10-13 : Retouches rédactionnelles, corrections de mise en forme et ajout de références documentaires.
Footnotes
-
Article précédent de la série, sur le compteur communicant et le port P1 : https://greywired.be/fr/articles/compteur-communicant-port-p1/ ↩
-
Home Assistant, site officiel : https://www.home-assistant.io ↩
-
Jeedom, autre solution de domotique : https://www.jeedom.com ↩
-
Home Assistant Green, boîtier officiel prêt à l'emploi conçu par Nabu Casa : https://www.home-assistant.io/green/ ↩
-
Home Assistant Connect ZBT-2, adaptateur USB Zigbee / Thread / Matter, successeur du ZBT-1 : https://www.home-assistant.io/connect/zbt-2 ↩ ↩2
-
Nabu Casa, société derrière Home Assistant et Home Assistant Cloud : https://www.nabucasa.com ↩
-
Documentation officielle d'installation de Home Assistant : https://www.home-assistant.io/installation/ ↩
-
HomeWizard : https://www.homewizard.com ; intégration dans Home Assistant : https://www.home-assistant.io/integrations/homewizard/ ↩
-
SEMS Portal, portail de suivi de la production photovoltaïque (GoodWe) : https://www.semsportal.com ↩
-
Philips Hue : https://www.philips-hue.com ↩
-
Sonoff (ITEAD) : https://sonoff.tech ↩
-
Zigbee, présenté par la Connectivity Standards Alliance : https://csa-iot.org/all-solutions/zigbee/ ↩
-
Intégration Zigbee (ZHA) dans Home Assistant : https://www.home-assistant.io/integrations/zha/ ↩

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