Le problème est parfois au bout de la laisse
Une balade canine, quelques tensions et beaucoup d’observations. Une réflexion personnelle sur ce que nos chiens apprennent de nous, notre responsabilité de maîtres et la manière dont nous pourrions mieux les accompagner plutôt que simplement les contraindre.
Ce qu'une simple balade canine m'a encore appris sur les chiens, leurs maîtres… et moi-même.
Je ne suis ni éducateur canin, ni comportementaliste, ni vétérinaire. Je partage simplement ma vie avec des chiens depuis suffisamment longtemps pour avoir acquis une certitude : plus j'apprends à les connaître, moins j'ai envie d'affirmer que j'ai tout compris.
J'ai vécu près de quatorze ans avec un Rottweiler, huit ans avec un Tosa Inu, et je partage aujourd'hui mon quotidien avec Kiss, un Braque de Weimar qui est évidemment le plus beau, le plus intelligent et le plus sage des chiens de la planète. Cette dernière affirmation est peut-être légèrement biaisée.
Depuis toujours, j'éprouve un besoin difficile à expliquer de vivre avec un chien, et en perdre un a toujours ressemblé beaucoup plus à la disparition d'un membre de la famille qu'à celle d'un « animal de compagnie ». Mais vivre avec eux ne signifie pas nécessairement les comprendre. Ce week-end, une simple balade organisée par notre club canin m'en a encore apporté une jolie démonstration.
Un parking rempli de chiens
Le programme était simple : une longue balade suivie d'un barbecue au club. Au départ, chiens et maîtres se retrouvent au même endroit, ce qui donne déjà, pour nous, un joyeux désordre de laisses, de conversations, d'aboiements et de mouvements. Pour eux, il faut y ajouter un monde qui nous échappe presque complètement : les odeurs. Des chiens qu'ils connaissent, d'autres moins, des humains, des traces laissées avant notre arrivée… Bref, un environnement particulièrement stimulant.
Dans ces moments-là, nos chiens ne présentent pas toujours le comportement socialement parfait que nous aimerions exhiber. L'un tire pour rejoindre un copain, un autre aboie, un troisième signifie clairement qu'un congénère devient un peu trop insistant. Et nous, humains, commençons à nous crisper : parce que notre chien tire, parce qu'il aboie, parce que les autres regardent, parce que nous anticipons déjà ce qui pourrait se produire. Peut-être aussi, parfois, parce que son comportement nous renvoie une image de nous-mêmes qui nous dérange.
Car nous observons nos chiens, mais eux aussi nous observent. C'est l'une des choses que j'ai mis le plus de temps à intégrer. Nous parlons d'éducation canine comme d'un processus à sens unique : j'éduque mon chien, je lui apprends à s'asseoir, à revenir, à marcher correctement, à ne pas sauter, à attendre. Mais pendant ce temps, lui aussi apprend. Il observe notre posture, notre voix, nos habitudes, nos réactions. Il sait souvent avant nous que nous allons sortir. Et lorsque nous nous tendons, il se passe quelque chose de notre côté de la laisse : le chien s'excite, tire ou aboie, le maître s'agace ou s'inquiète, la laisse se tend, la situation devient plus chargée émotionnellement, le chien réagit davantage, et le maître se tend encore plus.
Ce mécanisme n'explique évidemment pas tous les comportements canins : ce serait remplacer une simplification par une autre. Mais il oblige à poser une question inconfortable : avant de chercher à corriger le comportement de mon chien, ai-je l'humilité de me demander quelle part de ce comportement j'entretiens moi-même ? J'en parle d'autant plus facilement que cela m'est arrivé. Et que cela m'arrive encore.
Une chienne et une maîtresse un peu en retrait
Sur le parking, une dame se tenait légèrement à l'écart avec sa chienne. Ce genre de situation réveille chez moi une envie difficilement répressible de mettre mes gros pieds dans le plat. Je me suis donc approché avec Kiss. (Une personne qui reste à l'écart a peut-être ses raisons, et je ne conseille à personne de m'imiter sans lui demander son avis.) La maîtresse s'est légèrement raidie. La laisse aussi. Mais la rencontre s'est bien passée.
Sa chienne était plutôt enthousiaste, un peu envahissante peut-être, mais Kiss n'en avait manifestement pas grand-chose à faire. Lui-même possède sa petite gradation lorsqu'une situation commence à l'ennuyer : détourner le regard, grogner éventuellement et, si le message ne passe toujours pas, ce que sa maîtresse appelle affectueusement « faire sa vilaine bouche ». Je ne prétends pas traduire universellement le langage canin : un grognement ou des dents montrées doivent être interprétés dans leur contexte et peuvent évidemment annoncer une situation dangereuse. Mais tous les désaccords entre chiens ne sont pas des tentatives de meurtre.
Un peu plus tard, une autre chienne s'est approchée. Il y a eu quelques secondes de tension, la première chienne signifiant clairement qu'elle ne souhaitait pas cette proximité. Puis tout s'est arrêté. Sa maîtresse, elle, était beaucoup plus affectée par l'événement que les chiens. Nous faisons souvent cela : nous retenons les trois secondes pendant lesquelles quelque chose s'est mal passé, et beaucoup moins les vingt minutes pendant lesquelles il ne s'est absolument rien passé. Notre cerveau comptabilise assez mal les non-événements.
Regarder le film plutôt que la photographie
C'est peut-être une autre erreur fréquente : nous photographions le comportement. Un chien grogne, charge brièvement, montre les dents. Pris isolément, l'instant peut sembler spectaculaire. Mais ce qui m'intéresse de plus en plus, c'est le film.
Que s'est-il passé avant ? Qu'a fait l'autre chien ? Quelle distance les séparait, et pouvaient-ils s'éloigner ? Que s'est-il passé juste après : le chien est-il resté focalisé sur le conflit ou est-il reparti faire sa vie ? Et surtout, s'agit-il d'un événement exceptionnel ou d'un comportement qui se répète et s'aggrave ? Comprendre ne signifie pas minimiser : un comportement réellement dangereux doit être pris au sérieux. Mais un désaccord n'est pas nécessairement un échec de socialisation.
Puis nous sommes partis marcher
La balade a duré près de trois heures, et quelque chose d'intéressant s'est produit : les humains ont commencé à parler entre eux. Nous marchions, nous nous arrêtions, nous repartions. Les chiens avançaient avec nous, reniflaient, observaient, se rapprochaient ou s'éloignaient autant que les laisses le permettaient. Nous avons progressivement cessé de les regarder, et eux ont commencé à vaquer à leurs occupations.
J'ai notamment longuement discuté avec une amie dont le chien mâle peut être assez rentre-dedans. Kiss et lui ont déjà connu quelques échanges tendus. Pendant une bonne partie de la balade, ils se sont royalement ignorés. Nous étions presque fiers de nos chiens. Ou de nous. Probablement des deux. Kiss, lui, assurait son activité habituelle d'agent de quartier : faire sa vie tout en gardant vaguement un œil sur ce que fabriquait le reste du groupe.
Cette banalisation me paraît essentielle. Le terrain du club permet d'apprendre, la promenade permet parfois de comprendre. Le chien n'exécute plus un exercice en présence d'un autre chien : il apprend simplement que la présence d'un congénère peut ne constituer aucun événement particulier. Et parfois, ne rien faire ensemble est déjà un apprentissage extraordinaire.
Retour au club
Après trois heures sans véritable problème, nous sommes revenus au club pour le barbecue. J'ai proposé à la maîtresse rencontrée le matin de mettre sa chienne avec Kiss dans un enclos afin qu'ils évoluent plus librement. Nous les avons lâchés, et après toutes les inquiétudes du matin… il ne s'est pratiquement rien passé. La chienne a à peine regardé Kiss, qui avait découvert des odeurs manifestement plus passionnantes que sa nouvelle copine.
À un moment, une petite tension est apparue entre cette chienne et une autre. Un « non » ferme de sa maîtresse, et c'était terminé : chacun est reparti à ses occupations. Ce minuscule événement a peut-être appris quelque chose d'important à cette dame : sa chienne l'écoute. Cela ne signifie pas qu'elle n'a aucun problème, ce serait faux. Cela signifie qu'un problème n'est pas une fatalité, et qu'en l'abordant ouvertement, en observant, en apprenant et en travaillant, une situation peut évoluer bien plus vite qu'on ne l'imaginait. Elle est également repartie avec quelques informations sur des codes canins qu'elle interprétait mal. La chienne avait appris. Sa maîtresse aussi.
Aux deux extrémités de la laisse
C'est ce que j'aime le plus dans notre club : j'y apprends énormément sur les chiens, mais aussi sur moi. J'ai cette vilaine manie de vouloir comprendre comment fonctionnent les choses. Un serveur, un circuit électronique, une machine : j'ai envie de démonter le mécanisme pour comprendre pourquoi il produit tel résultat. Un chien est malheureusement un laboratoire assez particulier. Il n'existe pas de documentation complète, les logs sont rudimentaires, une partie considérable des entrées sensorielles nous échappe. Pendant que vous essayez de comprendre comment fonctionne le système, celui-ci vous observe et adapte son comportement au vôtre. Et impossible de restaurer un snapshot pour rejouer exactement l'expérience.
Au début, lorsqu'un éducateur me faisait remarquer que l'un de mes comportements n'aidait probablement pas Kiss, je pouvais le ressentir comme une critique. Avec le temps, j'ai appris à écouter autrement. Le message n'est pas « Tu es un mauvais maître », mais « Regarde ce que tu fais. Essaie autrement. Et regarde ce qui se passe. » Cela demande un peu d'humilité. Aimer profondément son chien ne signifie pas que nous faisons toujours ce qu'il faut, et avoir eu plusieurs chiens auparavant non plus. Découvrir que nous contribuons parfois au comportement que nous cherchons à supprimer n'est pas agréable, mais la nouvelle est bonne : si je fais partie du problème, je peux aussi faire partie de la solution.
La recherche du chien parfait
Nous demandons énormément à nos chiens. Qu'ils apprécient les humains, les enfants, les autres chiens. Qu'ils ne tirent pas, n'aboient pas, ne grognent pas, ne montrent pas les dents. Qu'ils acceptent qu'un autre chien vienne leur renifler le derrière alors qu'ils n'en ont aucune envie. Et idéalement, qu'ils accomplissent tout cela avec le sourire.
Mais un chien est un être vivant, pas une machine biologique destinée à nous valoriser socialement. Il a son tempérament, son histoire, ses préférences, et probablement quelques individus qu'il ne peut tout simplement pas sentir. Nous devons évidemment lui apprendre à vivre harmonieusement dans notre société. Mais doit-il pour autant devenir socialement parfait ? Et lorsque nous corrigeons son comportement, est-ce toujours pour lui et pour la sécurité de tous, ou parfois parce qu'il nous embarrasse ?
Notre volonté, parfaitement légitime, d'éviter les accidents nous conduit aussi parfois à vouloir supprimer toute situation inconfortable. Ce ne sont pourtant pas les mêmes choses. Faire confiance à un chien ne signifie pas abandonner notre responsabilité, et laisser deux chiens communiquer ne signifie certainement pas les abandonner jusqu'à ce qu'ils règlent leur différend par la violence. Entre ces deux extrêmes existe un espace où le chien peut apprendre : qu'un autre chien peut être présent sans devenir un adversaire, qu'il peut s'éloigner, qu'il peut interrompre une interaction. Et où nous pouvons apprendre à reconnaître quand il faut intervenir, et quand il vaut mieux ne rien faire.
Le chien que nous choisissons
Cette responsabilité commence bien avant les premières séances d'éducation. Lors de nos deux dernières adoptions, nous avons eu la chance de rencontrer des éleveurs qui ne cherchaient manifestement pas simplement à nous vendre un animal.
Pour notre Tosa Inu, l'éleveur était un particulier. Il tenait beaucoup à ce que cette race reste relativement confidentielle et éloignée de la mauvaise publicité que peuvent attirer certains chiens puissants. Nous avons dû lui rendre plusieurs visites, et il est évident, avec le recul, qu'il ne nous présentait pas seulement ses chiens : il nous observait avec eux. Il voulait savoir à qui il allait confier l'un de ses chiots.
Pour Kiss, la méthode était différente mais la philosophie identique. L'éleveuse nous a demandé de remplir un dossier complet (notre habitation, notre expérience avec les chiens, ce que nous comptions faire avec lui, nos activités) et nous a rappelé à plusieurs reprises les caractéristiques du Braque de Weimar. Elle ne cherchait pas à nous convaincre que nous avions choisi le chien parfait, mais à savoir si nous pouvions constituer un environnement approprié pour ce chien-là. La question n'était pas « Pouvez-vous acheter ce chien ? » mais « Devrais-je vous confier ce chien ? » La différence est considérable.
Un éleveur ne peut évidemment pas répondre de tout ce qui arrivera dix ans plus tard, mais confier un animal devrait impliquer, à mon sens, une responsabilité minimale : ne pas se contenter de trouver quelqu'un disposé à payer.
Suivre le chien, pas seulement son dossier
Et après l'éleveur ?
En Wallonie, ce que nous appelons couramment le « permis de détention » repose aujourd'hui essentiellement sur un extrait du fichier central de la délinquance environnementale et du bien-être animal. Depuis juillet 2022, cet extrait doit notamment être présenté lors de l'acquisition d'un animal de compagnie auprès d'un commerce, d'un refuge ou d'un élevage. Il permet de vérifier que l'acquéreur n'est pas sous le coup d'une interdiction de détention ou d'une déchéance de son permis. Le dispositif poursuit également un second objectif affiché : introduire une démarche préalable afin de limiter les acquisitions impulsives.
Le Gouvernement wallon prépare aujourd'hui son remplacement par un « certificat de confiance ». L'avant-projet de décret a été adopté en deuxième lecture le 16 juillet 2026. Le futur dispositif se veut davantage préventif et doit notamment intégrer une procédure numérique et un délai de réflexion de 72 heures avant la délivrance du certificat.
Ces outils répondent donc à des objectifs réels. Ils visent notamment à empêcher une personne sanctionnée pour des faits de maltraitance de contourner facilement une interdiction et à introduire un temps de réflexion avant l'acquisition.
Mais ils restent essentiellement des outils administratifs.
Et c'est là que je m'interroge.
Pourquoi concentrer autant notre réflexion sur l'autorisation administrative de posséder un animal plutôt que sur l'accompagnement de celui qui le possède ?
Des professionnels du secteur sont évidemment déjà associés aux réflexions sur le bien-être animal et certains ont été consultés dans l'évolution du dispositif wallon. Nous disposons surtout, sur le terrain, d'une bonne partie des acteurs dont nous aurions besoin : éleveurs, vétérinaires, clubs, éducateurs, comportementalistes.
Pourquoi ne pas davantage les relier ?
Permis de détention — Bien-être animal en Wallonie
Réponse parlementaire du 24 juillet 2026 sur le certificat de confiance
À titre personnel, je préférerais un système dans lequel la visite vétérinaire régulière constitue un véritable suivi de l'animal : physique, bien sûr, mais pas uniquement.
Le vétérinaire n'a pas besoin de devenir comportementaliste pour demander comment se passe la vie quotidienne du chien et remarquer qu'une situation mérite davantage d'attention. Dans la majorité des cas, il n'y aurait rien à signaler. Dans d'autres, une discussion, une recommandation, éventuellement une orientation vers un éducateur, un club, un comportementaliste ou un vétérinaire spécialisé, puis un suivi.
Et si un problème sérieux est identifié, que le propriétaire en est informé, qu'une prise en charge lui est proposée et qu'il refuse manifestement d'entreprendre quoi que ce soit ?
Alors oui, je pense qu'un signalement pour évaluation peut devenir légitime.
Pas parce qu'un chien a grogné sur la table de consultation, mais parce qu'un problème suffisamment préoccupant a été identifié et volontairement laissé sans prise en charge.
La contrainte devrait arriver lorsque la responsabilité n'arrive pas.
(Une telle piste soulève de vraies questions : le secret professionnel, le risque que certains propriétaires évitent le vétérinaire par crainte d'être signalés, la désignation de celui qui évalue. Je n'ai pas dessiné ici un nouveau Code du bien-être animal, mais ces questions méritent d'être posées plutôt qu'évitées.)
« Mais tout cela coûte de l'argent. »
Posséder un animal coûte de l'argent, c'est une réalité à accepter avant de l'accueillir. Le Code wallon du bien-être animal impose d'ailleurs déjà au détenteur de procurer à son animal une alimentation, des soins et un environnement adaptés à ses besoins physiologiques et éthologiques.
Mais l'accompagnement n'est pas nécessairement hors de prix : dans notre club, une séance coûte trois euros, et lorsqu'un chien a besoin d'une séance individuelle, elle est organisée sans supplément.
L'investissement le plus important est ailleurs.
Il faut venir, régulièrement, travailler, écouter, recommencer à la maison, consacrer du temps au chien et parfois modifier son propre comportement.
La question n'est donc pas seulement de savoir si nous avons les moyens financiers de posséder un chien, mais si nous sommes disposés à lui consacrer les moyens matériels, financiers et humains dont il a besoin.
Conditions de détention et besoins de l'animal — Bien-être animal en Wallonie
Et lui laisser parfois être un chien
Il reste une question qui me travaille : la liberté.
En forêt wallonne, le Code forestier est parfaitement clair : son article 18 prévoit que les chiens et autres animaux de compagnie doivent être tenus en laisse. Le Service public de Wallonie justifie notamment cette règle par la protection de la faune, des mises bas et des couvaisons, mais aussi par la cohabitation avec les autres usagers.
Je comprends parfaitement le problème.
Je ne réclame certainement pas le droit de lâcher Kiss au milieu d'une rue commerçante, ni de laisser un chien de chasse poursuivre du gibier en pleine forêt.
Mais entre « partout » et « nulle part », il doit être possible de réfléchir.
Code forestier wallon — article 18
Se promener en forêt avec son chien — SPW
Les parcs canins ne me paraissent pas toujours la réponse idéale. Certains sont petits et concentrent plusieurs chiens dans un espace où les possibilités d'évitement sont faibles. Surtout, tourner dans un enclos n'est pas se promener.
Lors d'une vraie balade, le chien peut vaquer à ses occupations : sentir, explorer, s'arrêter, repartir, s'intéresser à quelque chose que nous ne percevons même pas, croiser un autre chien et décider que, finalement, cette touffe d'herbe est beaucoup plus intéressante.
C'est exactement ce que j'observais pendant notre balade : les chiens n'étaient pas constamment obligés d'interagir, ils partageaient simplement un environnement.
Il existe pourtant des manières plus nuancées d'organiser cette liberté.
Knokke-Heist en fournit un exemple intéressant. Du 15 mars au 15 octobre, entre 10 et 20 heures, les chiens sont interdits sur la majeure partie de la plage. En revanche, sur la partie située à l'est de Surfers Paradise jusqu'à la frontière néerlandaise, ils peuvent accéder à la plage et y évoluer librement toute l'année. En dehors de la période et des horaires d'interdiction, ils sont également admis sur les autres plages de la commune.
Voilà un principe qui me convient plutôt bien.
Je n'ai aucun besoin d'imposer Kiss à une plage remplie de familles en juillet. En basse saison, en revanche, parcourir avec lui une immense plage presque vide est une expérience extraordinaire.
Je ne revendique donc pas le droit de lâcher mon chien partout.
Je voudrais que nous conservions notre capacité collective à identifier les endroits et les moments où cela peut raisonnablement être permis.
La liberté du chien n'est pas l'absence de règles : elle peut être rendue possible par des règles intelligemment adaptées au lieu, au moment et à la situation.
Chiens sur la plage — Commune de Knokke-Heist
Comprendre avant de corriger
Toutes ces digressions reviennent finalement au même endroit.
Le maître, l'éducateur, l'éleveur, le vétérinaire, et même celui qui rédige une réglementation devraient commencer par la même chose : essayer de comprendre un minimum le monde du chien auquel leur décision va s'appliquer.
Cela ne signifie pas tout accepter, nier les risques, ni laisser un animal dangereux évoluer librement au nom de son épanouissement.
Cela signifie observer, contextualiser, accompagner, intervenir lorsque c'est nécessaire, et accepter parfois de découvrir que le problème ne se trouve pas du côté où nous pensions le chercher.
Nous disposons déjà de nombreux acteurs capables d'agir avant qu'une situation ne devienne grave : des éleveurs consciencieux capables de refuser un placement, des vétérinaires qui suivent un animal toute sa vie, des clubs où des gens donnent de leur temps pour deux euros la séance, des éducateurs et des comportementalistes prêts à aider, et surtout des propriétaires capables d'apprendre.
Pourquoi ne pas davantage construire autour de cela ?
Pourquoi attendre l'incident pour découvrir qu'un problème existait ?
Pourquoi chercher uniquement à déterminer qui peut administrativement posséder un chien, plutôt que d'aider aussi celui qui en possède un à bien vivre avec lui ?
Pourquoi catégoriser ou répondre par une interdiction générale quand on peut, dans certaines situations, observer et responsabiliser ?
Je n'ai pas toutes les réponses, et c'est probablement très bien ainsi.
Cette balade m'a surtout rappelé quelque chose que j'avais déjà appris cent fois.
Après presque trois heures passées à discuter des comportements de nos chiens, de ce qu'ils faisaient correctement et de ce qu'ils devaient encore apprendre, ils avaient passé l'essentiel de leur journée…
à être des chiens.
Et nous, nous avions encore appris à devenir un peu meilleurs maîtres.
Peut-être est-ce cela, le véritable travail.
Nous observons constamment nos chiens, mais nous oublions qu'eux aussi passent une part considérable de leur existence à nous observer.
Alors, avant de vouloir modifier leur comportement, il n'est peut-être pas inutile de regarder de temps en temps ce qui se passe à l'autre extrémité de la laisse.

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